D’abord, dans cette introduction, on va exposer les grandes lignes du livre de Louis Loujoz, «Multivers et Réalité Humaine» (Editions du Moindre, 2017) sur lequel se fonde ce blog. Ensuite, dans les pages suivantes du blog, seront cités quelques extraits du premier chapitre du livre.

Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ?

Loujoz propose une explication au fameux « pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien », cette question formulée par Leibniz (in Principes de la nature et de la grâce fondés en raison, § 7) – cela que, pour simplifier, on peut assimiler à la réalité.

Surtout il se propose de l’expliquer rationnellement, donc sans faire appel à du surnaturel, à une quelconque instance supérieure. La tâche est ardue, puisque toute explication de la réalité (cette réalité que nous observons), et qui prétend ne reposer que sur des faits réels, renvoie à la question initiale : pourquoi ces faits réels, censés expliquer notre monde, existent-ils ? Voilà qui apparaît un peu comme la quadrature du cercle.

L’axe de la pensée loujozienne est celui-ci.

C’est chaque être humain qui « extrait » son propre univers du multivers. La réalité ne vient donc que secondairement à l’être humain.

Qu’est-ce à dire ?

Deux prémisses dans le raisonnement de Loujoz.

1) Une telle pensée ne peut évidemment se concevoir que si l’on admet l’hypothèse d’une multitude d’univers, c’est à dire d’un multivers. Et, de surcroît, d’un très grand nombre d’univers. En fait, une infinité, car, comme il le démontre, l’un découle de l’autre. Si multivers il y a, on ne peut limiter le nombre d’univers. Il ne peut qu’y avoir une infinité d’univers. C’est l’unique ou l’infini. http://multiversetreali.canalblog.com/archives/2017/04/20/35191744.html

Toutefois, pour Loujoz, les théories cosmologiques actuelles sur le multivers ne sont qu’un déclencheur. Elles contribuent à se dégager de l’idée d’un unique univers statique, qui prévalait jusqu’à une époque récente, Einstein y compris. Mais la pensée de Loujoz ne se fonde aucunement sur l’une ou l’autre des théories cosmologiques actuelles du multivers, dont on sait qu’elles sont balbutiantes, qu’aucune n’est expérimentalement prouvée (et aucune ne le sera peut-être jamais tant il est difficile de prouver ce qui est hors de notre univers), et quand on sait que tout ce qui peut être énoncé aujourd’hui sera balayé ou dépassé dans cent ans. Selon Loujoz, oui il y a multivers, mais un multivers qui transcende toutes les théories actuelles…. Serait-ce parce qu’ainsi qu’on l’a énoncé dès le début, rien de réel (au sens où nous l’entendons communément) ne peut venir expliquer le réel, sans quoi il faudrait à nouveau expliquer ce réel qui prétend expliquer le réel, c. à d. qu’on en revient toujours au « pourquoi existe-t-il quelque chose plutôt que rien ? ».

2) L’autre prémisse de Loujoz est que l’être humain est l’existant maximal qui se puisse concevoir absolument, c’est à dire non seulement dans notre univers, non seulement dans le multivers, mais dans tout univers quel qu’il soit. C’est n’est pas une assertion en l’air, une simple conjecture, mais il le démontre formellement dans le chapitre 4 de son livre (§ 44, La bascule de Pascal). Il peut certes y avoir quelque part dans l’univers, a fortiori dans le multivers, plus beau, plus fort, plus intelligent même que l’être humain (une intelligence artificielle par exemple…. !) mais il ne peut pas y avoir plus existant que l’humain. L’humain a atteint l’existentialité maximale qui se puisse être dans l’absolu (un peu comme la vitesse de la lumière est la vitesse maximale…) - (§47). Loujoz n’exclut donc pas la possibilité qu’existent des extra-terrestres, ni même des extra-terrestres supérieurs à l’humain à certains égards, mais il nie qu’ils puissent s’en trouver de plus « existants » que l’être humain.

Comment fonctionne ensuite le raisonnement de Loujoz ?

L’infini (le multivers infini, en l'occurrence) ne peut pas être « véritablement » réel. Non pas qu’il soit inexistant, mais il ne peut pas posséder l’existence telle que nous l’expérimentons, chacun de nous… Il oppose existence de degré +1, réelle, à celle de degré -1, formelle. http://eximultive.canalblog.com/archives/2017/06/04/35351958.html

D’abord parce que le multivers infini, qui contient tout ce qui est possible dans sa diversité (il y a un univers où ce papillon s’envole à droite, un univers où il s’envole à gauche) s’annule de lui-même. Si tout et son exact contraire existe, rien n’existe vraiment : exister, (et surtout exister supérieurement), c’est choisir…

L’infini des univers constitue donc un monde virtuel, qu’il préfère appeler un monde formel. Et pourtant le réel existe, à commencer par moi et ce que je pense (cogito cartésien). Cela est rendu possible parce qu’il surgit à l’intérieur de l’infini des univers comme une aspiration à une existence unique, cela afin d’exister « véritablement ». Pourquoi ? Et comment cela se passe-t-il ? Parce que l’infini, par définition, tend à être toujours plus, à se maximaliser. (C’est à rapprocher de la notion du « conatus » spinoziste : « tout tend à persévérer dans l’existence »). Mais, parce que l’infini est condamné à se répéter de façon stérile, pour exister plus encore, il doit délaisser l’infini, se limiter, il doit s’uniciser. (Chapitre 10, § 130)

Il le fait en choisissant un et un seul univers parmi l’infini, et cela il le fait naturellement en se dirigeant vers l’univers le plus existant, celui de l’humain, dont il a été démontré précédemment qu’il est ce qu’il y a de plus existant dans l’absolu. Plus encore, puisque chaque humain possède une quasi infinité de destinées, une deuxième limitation est nécessaire : est choisie la plus existante de destinées de chaque humain, la plus existentielle, la plus tournée vers le mystère de l’Être.

Si bien qu’au total, le conatus aboutit à cette émergence d’un unique univers qui, parmi l’infinité des univers, contient cette destinée humaine unique, qui est propre à un être humain, et qui est la plus existante – et cela répété autant de fois qu’il se trouve d’êtres humains. Cela pose des problèmes historiques connexes assez complexes, et mène à une théorie de l’histoire des humanités qu’on pourrait nommer une histoire transcendentale.

On comprend maintenant pourquoi il est permis de dire que c’est une destinée humaine particulière (la meilleure de ses destinées pour un humain donné) qui extrait un univers du multivers, l’amenant de ce fait à la réalité, et contribuant à faire ainsi « qu’il existe quelque chose plutôt que rien ». Car il n’existe « quelque chose plutôt que rien » que pour un humain donné.

Autres notions loujoziennes.

On ne peut achever ce court exposé de la pensée de Loujoz sans mentionner le fait que, puisque les univers sont en nombre infini, dans le temps comme dans l’espace, l’éternel retour s’impose, qui éternise de ce fait l’existence de cet humain dans sa meilleure destinée – ce qui est pour chacun de nous une immense espérance, celle d’une forme d’immortalité. http://retroureternel.canalblog.com

On citera aussi les notions de « paradis réel » (Chapitre 9) et de « prière païenne » (Chapitre 8) qui s’insèrent naturellement dans ce processus d’émergence de la réalité, d’explication de « pourquoi existe-t-il quelque chose plutôt que rien ».